[MSN] Les musées russes pillés par leurs gardiens

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Fri Aug 11 06:03:20 CEST 2006


Les musées russes pillés par leurs gardiens  
 
  
 POLAR. Depuis la chute de l'URSS, les employés de l'Ermitage et d'autres
institutions, las de leurs salaires de misère, chapardent les trésors
nationaux. Chaque année, cinquante à cent vols sont commis. Témoignages.  
  
   
 Benjamin Quenelle, Moscou
Vendredi 11 août 2006   
   
 Lorsque, la semaine dernière à la radio, il a appris le vol commis au musée
de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg (voir LT du 4.09.06), Alexandre Novikov
n'a pas franchement été surpris. Collectionneur d'art, il connaît bien les
coulisses de ce milieu «très spécial» depuis la chute de l'URSS. «C'est
bouleversant! Mais, à vrai dire, je m'attendais à un tel scandale. C'est le
résultat aujourd'hui du chaos des années 1990, lorsque les musées se sont
retrouvés seuls et sans argent», explique Alexandre Novikov. «C'est
difficile de comprendre ce qui s'est passé depuis dans la tête des employés,
gardiens ou conservateurs. De générations en générations, la plupart d'entre
eux ont toujours travaillé au milieu de ces précieuses collections. Dans la
nouvelle Russie libérale, ils ont vu tant de gens s'enrichir facilement.
Mais eux, dans leurs musées, ils sont restés pauvres. Alors, forcément, il y
a des tentations. Et depuis longtemps déjà...» 

Les propos de ce collectionneur moscovite expliquent à eux seuls bien des
circonstances derrière le scandale de Saint-Pétersbourg. «Les moyens
techniques sont certes insuffisants pour protéger les musées. Mais le
problème est avant tout dans la tête du personnel», insiste Alexandre
Novikov qui, occupant parallèlement de hautes fonctions dans l'une des
administrations culturelles russes, est tenu à l'anonymat et a donc demandé
à être cité sous une autre identité. Boris Boarskov, le directeur de
l'agence chargée de la préservation du patrimoine, a par contre parlé
publiquement haut et fort. «Ce qui s'est passé à l'Ermitage est la règle et
non pas l'exception», a-t-il dénoncé lors d'une conférence de presse à
Moscou. Selon ses décomptes, entre 50 et 100 vols sont commis chaque année
dans les musées russes. Peu de temps après les révélations des vols à
l'Ermitage, des dessins ont disparu des archives nationales russes. Là
encore, la valeur des objets disparus s'élève à plusieurs millions de
dollars. 

Les cambriolages et autres forfaits commis par des visiteurs étrangers sont
devenus moins fréquents grâce à des mesures de contrôle renforcé. Mais le
nombre de vols organisés par des employés a au contraire augmenté. 

C'est bel et bien ce qui semble s'être produit à l'Ermitage, comme le
confirment les premiers succès de la police. Les enquêteurs n'ont en effet
pas tardé à démanteler le probable réseau derrière le vol de plus de 220
pièces d'une valeur officielle de 5 millions de dollars (dix à vingt fois
plus selon des experts cités par la presse russe). Une semaine après que
l'Ermitage eut révélé cette disparition, découverte suite à un inventaire de
routine, trois suspects ont été arrêtés. Parmi eux: le mari et le fils de
Larisa Zavadskaya, l'employée en charge de la collection d'icônes, de pièces
de joaillerie et d'œuvres d'argent spoliée. La conservatrice ne peut plus
témoigner. Sur son lieu de travail, elle a été retrouvée morte en octobre
dernier, lorsque l'inventaire a commencé. Un décès par crise cardiaque,
selon le journal russe Kommersant, pour qui la cause de cette attaque est
simple: devant l'inévitable découverte, Larisa Zavadskaya a pris peur. Son
époux et son fils auraient désormais avoué avoir participé au vol sur une
durée de six ans. A leur domicile, la police a retrouvé des reçus
correspondant à plusieurs des œuvres disparues. 

Un antiquaire à Moscou a mis la police sur cette piste. Se rendant compte
qu'un calice en argent datant du XIXe siècle acheté en 2004 appartenait à
l'Ermitage, il l'a rendu aux enquêteurs. Il a aussi donné des informations
sur la provenance de l'objet. Depuis une semaine, une douzaine d'œuvres ont
ainsi été rendues par des collectionneurs. Quant à l'icône Concile de tous
les Saints, l'un des objets disparus les plus précieux, elle a été
découverte dans une poubelle par la police, informée par un coup de fil
anonyme. Mais la collection volée est loin d'être reconstituée. Toutes les
personnes qui, consciemment ou non, ont bénéficié du réseau apparemment mis
en place au sein même de l'Ermitage, n'auront sans doute pas toutes la même
honnêteté. «Le marché de l'art est grand!», ironise Alexandre Novikov. «Ceux
qui ont créé ce réseau ont été encouragés par des gens à l'extérieur
parfaitement au courant du fonctionnement des musées russes. Et de ses
failles...» 


 http://www.letemps.ch/



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