[MSN] Morocco. Le patrimoine culturel du Royaume pillé par les trafiquants

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Sat Jun 3 15:24:13 CEST 2006


Le patrimoine culturel du Royaume pillé par les trafiquants
vendredi 2 juin 2006. 
 
C’est la faute au vide juridique

Le trafic illicite des biens culturels est un phénomène universel qui touche
aussi le Maroc. Le ministère de la Culture a pu restituer ces dernières
années quelques pièces de valeur qui ont été mises en vente à l’étranger.
Mais, le trafic est tellement foisonnant qu’on ne peut récupérer toutes les
pièces volées. Comment lutter contre cette problématique ?

C’est un souci permanent de bon nombre de départements notamment
l’Administration des douanes et impôts indirects et le ministère de la
Culture qui se sont réunis mardi à Rabat dans le cadre du mois du patrimoine
en vue d’échanger les idées et les expériences. Il devient urgent de lutter
contre la déperdition et le trafic du patrimoine culturel mobilier national
de plus en plus convoité par les réseaux de trafiquants. Notre pays est, en
effet, le carrefour des civilisations entre l’Occident, l’Orient et
l’Afrique.

Il est visé car il est riche en patrimoine. Le phénomène a pris des
proportions inquiétantes au cours de ces dernières années. Les acquéreurs
font appel à des moyens illégaux pour avoir des documents, des manuscrits,
des objets d’art, des objets ethnographiques et archéologiques. Maints sites
archéologiques dans lesquels les fouilles se sont arrêtées manquent de
protection. Ce qui facilite l’opération de vol des « fortunes patrimoniales
». Bon nombre de manuscrits nationaux ont été vendus illégalement. « Les
valises diplomatiques et les voyages privés ont été un moyen de les
transporter illicitement », n’hésite pas à déclarer à maintes reprises le
ministre de la Culture. Les atteintes aux biens culturels un peu partout
dans le monde suscitent une préoccupation grandissante.

Même les Etats les plus riches, dotés des systèmes de sécurité les plus
sophistiqués, enregistrent des vols graves dans des musées publics et dans
des collections privées, ainsi que des fouilles illicites sur des sites
archéologiques protégés ; fouilles qui portent des préjudices irréparables à
leur patrimoine archéologique. Les pays les plus pauvres d’Afrique et
d’Amérique latine tentent désespérément de s’opposer au vol dans leurs
musées et au pillage. Quelle est donc la solution ? Pour lutter contre ce
fléau, bon nombre de moyens existent. « Le ministère de la Culture use des
moyens juridiques et pratiques à savoir la révision des lois régissant le
patrimoine culturel, l’acquisition de nouvelles collections, l’inventaire
exhaustif du patrimoine matériel », affirme le ministre de la Culture.

Le ministère de la Culture ne peut pas, à lui seul, tout contrôler. Le
personnel de la douane et de la gendarmerie doit être formé pour reconnaître
la vraie valeur des objets culturels. Une procédure existe. Si on soupçonne
qu’un objet fait partie du patrimoine, il faut l’envoyer au ministère de la
Culture pour que des experts le consultent. Au niveau organisationnel, à
travers divers projets, on essaie de trouver une formule de l’organisation
des musées au Maroc pour empêcher les trafiquants de poursuivre leur
activité illégitime.

La révision de loi s’est avérée une priorité. Le projet de loi 19/05 portant
modification et complétant la loi 22/08 relative à la conservation des
monuments historiques et des sites, des inscriptions, des objets d’art et
d’antiquité a été adopté il y a quelques mois par la première Chambre du
Parlement. Mais, ce texte ne s’intéresse qu’aux objets d’art mobiliers et
d’antiquité qui vont être protégés contre la destruction comme les
manuscrits. Les sanctions varient entre amendes et peines privatives de
liberté, selon la nature du délit. Un particulier qui détient un objet
classé est tenu de le préserver et de veiller à le protéger sinon il risque
d’être sanctionné.

Ainsi, à titre d’exemple, il doit aviser l’administration concernée de la «
délégation » de l’objet à une autre personne dans un délai ne dépassant pas
15 jours. Il est, en outre, strictement interdit de faire sortir les objets
culturels mobiliers sans autorisation préalable. Les monuments historiques
restent, cependant, toujours régis par l’ancienne législation. On enregistre
un vide juridique flagrant dans ce domaine. Le retard est dû, entre autres,
au manque des études et à la faiblesse de coordination entre les parties
concernées.

Jihane Gattioui | LE MATIN

www.lematin.ma



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