[MSN] Chinoiseries chez les antiquaires Gilles Gaetner, Jean-Marie Pontaut

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Thu Oct 5 10:39:20 CEST 2006


Chinoiseries chez les antiquaires Gilles Gaetner, Jean-Marie Pontaut

Des pièces exposées au musée Guimet, à Paris, ont-elles fait l'objet d'un trafic? La justice enquête sur fond de règlement de comptes entre marchands d'art

'est une grande première dans le monde chic et feutré des antiquaires parisiens: une plainte pour «recel et blanchiment d'œuvres d'art issues du trafic international de biens et d'objets culturels» vise implicitement un éminent marchand d'objets chinois ainsi qu'un grand musée national. Cette procédure inédite a été confiée au juge Philippe Courroye et, le 2 octobre dernier, les policiers de l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels ont entendu Christian Deydier, l'un des protagonistes de cette incroyable affaire. Ce spécialiste connu, président de la Biennale et du Syndicat national des antiquaires, est très proche du président Chirac, qui raffole, on le sait, de l'art asiatique.

A l'origine de cette plainte: l'Association pour la protection de l'art chinois en Europe (Apace), présidée par un expert, Bernard Gomez. Elle affirme que le vice-gouverneur de la province chinoise du Gansu aurait, lors d'une visite, en novembre 1995, au musée Guimet, à Paris, reconnu des objets volés dans sa région. Et pas n'importe quelles pièces. Il s'agit de quatre plaques en or massif d'une très grande valeur représentant deux paires d'oiseaux. Dans une note d'une page, transmise à la justice, le vice-gouverneur du Gansu affirme que ces reliques ont été transmises lors du pillage du tombeau d'un haut dignitaire de la dynastie Qin, élevé au IXe ou au VIIIe siècle av. J.-C.

Une première série de ces magnifiques objets a été achetée en 1993 par Christian Deydier, alors installé à Londres, et revendue à des collectionneurs étrangers. En 2005, le marchand récupère deux autres pièces. Il les montre à Jacques Chirac, qui en connaît l'existence, et au directeur du musée Guimet, Jean-François Jarrige, autre proche du président. Tous souhaitent que ces pièces restent en France. Mais où trouver les fonds? François Pinault, également ami du chef de l'Etat, grand amateur d'art, accepte de les acheter et d'en faire don au musée Guimet. Il aurait d'abord proposé d'acquérir une seule paire. Mais, après une visite chez Deydier, il prend finalement les deux paires, chacune étant estimée, semble-t-il, à 250 000 euros.

Aujourd'hui, cette plainte plonge Christian Deydier dans la colère. Il se dit victime d'un règlement de comptes. «Il y a deux ans, explique-t-il, depuis que j'ai dénoncé certaines pratiques de confrères malhonnêtes, j'ai été l'objet de dénonciations anonymes par lettre et sur Internet. Cette histoire de vol ne tient pas debout. J'ai acquis des pièces auprès d'un marchand taïwanais à Hongkong, je les ai fait expertiser par un grand spécialiste, Han Wei, et je les ai présentées à la Biennale des antiquaires, en 1994, à Paris. Par l'intermédiaire de la veuve de l'antiquaire de Taïwan, décédé il y a cinq ans, j'ai pu obtenir deux autres pièces que j'ai vendues à François Pinault.» Les policiers l'ont longuement interrogé sur la façon dont ces objets avaient été achetés et transportés.
Jean-François Jarrige, lui, est désolé par cette affaire, qu'il trouve absolument «grotesque», «déplacée».

«Ces pièces, explique-t-il, sont archiconnues, puisqu'elles ont été publiées en 1993 dans le bulletin du Musée national de Taipei. D'autres, de même origine, se trouvent dans des musées ou dans des collections privées, au Japon ou en Belgique, où François Pinault les avait d'ailleurs vues. Celles de Deydier ont fait l'objet de multiples publications de par le monde. Elles n'ont jamais été cachées et n'ont jusqu'ici fait l'objet d'aucune réclamation de la part du gouvernement chinois. François Pinault les a achetées sur sa fortune personnelle. J'ai simplement demandé à Deydier les certificats de sortie et d'entrée en Europe de ces objets. Cela n'a pas coûté un sou à l'Etat et mon rôle est de protéger et de faire connaître ces pièces au public.»
L'histoire de l'or des Qin suscite encore les passions et permettra peut-être d'en apprendre beaucoup sur les dessous du marché de l'art chinois.

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