[MSN] Le Patrimoine culturel et archéologique national menacé

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Wed Apr 25 07:11:34 CEST 2007


    Le Patrimoine culturel et archéologique national menacé


  Le pillage prend de l’ampleur

*Sans doute, jamais les temps n’ont été aussi durs pour notre patrimoine 
culturel et archéologique. Pour alimenter un balbutiant marché local et 
les marchés d’art européens, des milliers de pièces, d’une valeur 
inestimable, empreintes millénaires laissées par de riches civilisations 
en Afrique du Nord, se retrouvent chaque année soumises à un pillage en 
règle et à un trafic juteux.*

Des pointes de flèches préhistoriques, des statuettes en bronze ou en 
marbre d’empereurs romains, des divinités antiques, des toiles de 
maître, des pièces de monnaie et même des canons espagnols et turcs du 
XVIe siècle, rien n’est épargné. Discrètement et loin des feux des 
projecteurs, le trafic d’art prospère mettant en péril la mémoire. Les 
rapports des services de police, de gendarmerie et des douanes sur les 
atteintes au patrimoine tirent la sonnette d’alarme. La quantité 
d’affaires de vol et de trafic traitées par les services spécialisés de 
ces corps a carrément explosé. Les deux brigades spécialisées des 
douanes, crées en avril 2005, à IIlizi et Tamanrasset où se trouvent les 
plus importants parcs nationaux, le Tassili et l’Ahaggar, livrent des 
bilans inquiétants. Durant l’année 2006, la brigade de Tamanrasset a 
saisi lors de contrôles effectués à l’aéroport Aguenar, sur une 
cinquantaine de vols à destination de l’étranger, 2300 pièces 
archéologiques. Rien qu’en janvier dernier, 250 objets de la même valeur 
ont été récupérés sur des touristes au niveau du même aéroport et remis 
pour expertise à l’Office du parc national de l’Ahaggar. Les douanes 
d’Illizi totalisent de 2003 à 2006, un record de 1401 pièces 
archéologiques saisies. Un trafic qui ne s’attaque pas uniquement au 
matériel archéologique mais aussi à la flore : 948 plantes protégées ont 
été retrouvées dans les paquetages des touristes. La création de ces 
brigades fait suite, selon le chef adjoint de la brigade de Tamanrasset, 
Zitouni Rachid, à l’affaire dite des « Rolling rover », une agence de 
voyage allemande qui versait dans le trafic d’objets archéologiques. Des 
escouades de 20 douaniers initiés à l’archéologie ont été formées dans 
la perspective de « contenir » les pillages. Le gros des saisies, 90%, 
s’effectue, d’après l’officier, au niveau de l’aéroport. Cependant, il y 
a une faille dans l’action des douaniers, note un observateur : ce 
service se contente de pratiquer des « saisies préventives », sans 
finaliser la procédure judiciaire à l’encontre des touristes mis en 
cause. Sans doute pour ne pas toucher aux intérêts du segment touristique.

*Tourisme, une menace ?*

Pointés du doigt pour être en partie mêlés aux actes de pillage, les 
tours opérateurs se défendent d’en être les responsables. « C’est faire 
un mauvais procès à la profession et aux touristes passionnés que de 
parler de trafic », réplique sèchement Madjid Amouche, propriétaire 
d’une agence de voyages . « Ces accusations émanant, dit-il, des 
autorités et de certains médias, ne reflètent pas la réalité ». Selon ce 
dernier, il n’y a même pas lieu de parler de trafic, puisqu’« il est 
inexistant ». « Quand un touriste ramasse des objets, il le fait souvent 
par naïveté ou inadvertance », déclare-t-il. La remise en cause du 
travail des agenciers sert, d’après lui, à masquer l’« incompétence », 
et les « limites du système de gestion » des pouvoirs publics, dont 
« certains services versent dans le braconnage et couvrent le commerce 
illicite d’objets culturels », donnant pour exemple le marché d’El 
Goléa, où ce trafic se fait au vu et au su de tous . « Si faillite il y 
a dans la protection du patrimoine national, observe-t-il, elle est 
d’abord celle de l’autorité car c’est elle qui délivre les licences 
d’exploitation, qui contraint les touristes étrangers à passer par une 
agence agréée pour se rendre dans le Sud. Mêmes les guides sont nommés 
par les offices des parcs nationaux, ajoutant que les dégradations des 
sites sont imputables aux militaires et aux migrants et non aux 
touristes ». De son côté Farid Ighilahariz, directeur du parc de 
l’Ahaggar, ne se voile pas la face : « Les proportions que prend le 
pillage sont évidemment alarmantes », nous répond-il. Des belles pièces 
ont été, d’après lui, saisies au niveau de l’aéroport de Tam, malgré 
l’interdiction faite à « quiconque » de ramasser ou de prélever le 
moindre échantillon de matériel archéologique, de la faune ou de la 
flore. Actuellement, mentionne Ighilahariz, un travail de 
« sensibilisation et d’information », en collaboration avec les agences 
de tourisme, est en train de se faire. Ils étaient 10 000 touristes, 
principalement des Allemands, des Espagnols, des Français et des 
Italiens à se rendre, l’année dernière, dans le grand Sud, où plusieurs 
cultures se juxtaposent. La particularité des gisements préhistoriques 
sahariens réside dans le fait qu’ils sont en plein air. Une sorte de 
musée à ciel ouvert qui, par sa superficie, 450 000 m2, donne du fil à 
retordre à ses gestionnaires. « Il y a des endroits qu’on ne connaît pas 
encore. Heureusement d’ailleurs. Plus de la moitié des sites sont 
inaccessibles pour les véhicules, ce qui les préserve des dégradations, 
c’est le cas par exemple du massif de l’Immidir, se réjouit Ighilahariz. 
« Le tourisme est beaucoup plus présent dans le Tassili et le Hoggar, 
précise-t-il, d’où les dégradations et les pillages constatés. Des 
gravures rupestres ont été altérées rien que par le toucher », 
témoigne-t-il. Il observera également que certains sites sont marqués de 
graffitis et d’autres pillés à cause de leur proximité des milieux 
urbains. Et d’ajouter que des touristes participent au trafic en 
s’adonnant à la chasse aux « souvenirs » ou par des procédés plus 
élaborés. Les « spécialistes », dit-t-il, font d’abord dans le repérage 
au moyen du GPS, de photos satellites et utilisent ensuite les nationaux 
et les touristes pour s’approprier les pièces désirées. « Maintenant, 
nous avons de moins en moins de cas », rassure-t-il. C’est le résultat, 
d’après lui, du dispositif de surveillance et de contrôle. Un dispositif 
intégrant l’installation de 50 postes fixes aux limites des zones 
frontalières avec le Niger et le Mali, et 20 autres prochainement. Le 
Parc a reçu, en 2005, 300 millions de dinars pour renforcer son 
dispositif. Des brigades camelines devraient aussi voir le jour, idem 
pour les brigades mixtes, douanes-OPNA. Des moyens qui demeurent tout de 
même « insuffisants » pour contrôler toute la superficie du parc de 
l’Ahaggar.

*/Aziri M. <mailto:maziri at elwatan.com>
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*/http://www.elwatan.com/

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