Un fragment du retable de Vétheuil (Val-d'Oise), Le Baiser de Judas, volé en 1973 et détenu depuis près d'un an par un antiquaire belge, Bernard Descheemaeker, va être restitué à la France.
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Sun Nov 11 08:16:15 CET 2007
Un fragment volé du retable de Vétheuil va être rendu à la France par un antiquaire belge
LE MONDE | 10.11.07 | 15h04 Mis à jour le 10.11.07 | 15h04
Un fragment du retable de Vétheuil (Val-d'Oise), Le Baiser de Judas, volé en 1973 et détenu depuis près d'un an par un antiquaire belge, Bernard Descheemaeker, va être restitué à la France. L'accord a été scellé verbalement, vendredi 9 novembre, entre le président du Syndicat national des antiquaires (SNA), Christian Deydier, et M. Descheemaeker, installé à Anvers et membre du SNA, comme de nombreux confrères étrangers. Cet accord a été trouvé au lendemain de la publication par Le Monde (daté 9 novembre) d'un article relatant l'affaire.
"L'objet va être restitué gratuitement. Aucune indemnité ne sera versée à M. Descheemaeker", a déclaré au Monde M. Deydier. "J'irai chercher l'oeuvre dans le courant de la semaine prochaine", a-t-il ajouté.
Depuis des mois, pourtant, le montant de l'indemnisation était au coeur du conflit : d'un côté, M. Descheemaeker réclamait 185 000 euros en échange de la restitution de l'oeuvre, en invoquant sa bonne foi et les recherches effectuées pour retrouver son propriétaire initial, la commune de Vétheuil ; de l'autre, la commune et la direction de l'architecture et du patrimoine du ministère de la culture proposaient 40 000 euros, en rappelant à l'antiquaire qu'il avait acquis Le Baiser de Judas pour une somme de 33 000 euros à la maison de vente autrichienne Im Kinsky.
Mardi 6 novembre, M. Descheemaeker avait à nouveau décliné l'offre de 40 000 euros que la maire de Vétheuil, Dominique Herpin-Poulenat, avait officialisée dans une lettre recommandée avec accusé de réception, datée du 30 octobre.
Joint par téléphone, vendredi soir 9 novembre, M. Descheemaeker a simplement indiqué que "l'affaire a été réglée en vingt minutes avec Christian Deydier. Avec les marchands, on peut discuter. Pas avec les fonctionnaires". Il s'est dit aussi "soulagé". "Par cet acte, nous montrons que les antiquaires sont des gens sérieux qui travaillent dans l'intérêt du patrimoine", souligne pour sa part le président du SNA.
M. Deydier était au courant de l'histoire depuis le mois de septembre. Il avait été discrètement alerté par le chef adjoint de l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC), Bernard Darties, avec lequel il collabore régulièrement.
"Juridiquement, on ne pouvait rien faire contre M. Descheemaeker. Le seul levier était du côté des grands antiquaires", explique M. Darties, qui avait informé d'autres professionnels, tel Guy Ladrière.
La France comptait aussi sur l'intervention de Jan Dirven, cofondateur de la Foire de Maastricht et mentor de M. Descheemaeker. "Des pourparlers avaient été engagés. La médiatisation de l'affaire a accéléré les choses. Vendredi 9 novembre, M. Deydier m'a appelé et m'a dit : je m'en occupe. A 14 heures c'était réglé", résume M. Darties. Le commandant de police en tire cette conclusion : "C'est au marché de l'art de régler ce type de contentieux. La réputation de la profession vaut plus que les caprices d'un petit marchand."
Sinologue mondialement reconnu, organisateur de la Biennale des antiquaires et du Salon du collectionneur, M. Deydier est un homme de pouvoir : proche de l'ancien président de la République, Jacques Chirac, qui l'emmenait dans ses voyages officiels en Chine, il est aussi un "ami de Nicolas" Sarkozy. M. Descheemaeker, jeune antiquaire prometteur, spécialisé dans les oeuvres du Moyen Age et de la Renaissance, a pu penser que son refus de rendre l'oeuvre "à un prix raisonnable" risquait de lui coûter un jour sa carrière.
Le Baiser de Judas est l'une des sept pièces du retable qui raconte la Passion du Christ. Datée d'environ 1510, classée monument historique en 1902, l'oeuvre est inaliénable selon la loi française. Au terme de trois vols successifs à l'église Notre-Dame de Vétheuil - février 1966, octobre 1973 et décembre 1973 - la totalité du retable avait disparu. Un seul morceau avait été retrouvé, depuis - La Flagellation, en 1999.
La maire de la commune a prévu d'organiser "une petite fête" pour le retour du Baiser de Judas. "J'espère que M. Descheemaeker viendra", conclut Christian Deydier. Tel Jésus pardonnant aux siens.
Clarisse Fabre
Article paru dans l'édition du 11.11.07
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-976904@51-976157,0.html
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